Tasha Stanton est une physio canadienne qui a obtenu son doctorat en Australie. Elle a déjà publié 42 articles dans des revues à comité de lecture. Actuellement, elle travaille avec Body In Mind, l’organisation fondée par Lorimer Moseley pour promouvoir a diffusion des connaissances sur les neurosciences de la douleur dans le monde.
L’interview est conduite par Liam West pour le podcast du British Journal of Sport Medecine

Je vous propose un petit condensé de ce qui se dit dans le podcast, pour:

  • vous aider à choisir si vous voulez l’écouter ou non, pour les anglophones.
  • en tirer l’essentiel, pour les anglophobes.

 

Le docteur Stanton commence par un constat : il est parfois difficile de comprendre le lien entre imagerie et douleur vu leur déconnexion dans de nombreux cas cliniques.

Ça parait plus logique, quand on sait que la nociception (plutôt liée à des dommages tissulaires) n’est pas le seul influx qui intervient. Il ne détermine pas de façon précise la douleur qui sera subie : la moelle épinière peut jouer le rôle de bouton du volume de la douleur. De même que le volume de la voix peut augmenter sans que le chanteur ne chante plus fort dans son micro, en cas de sensibilisation centrale, le “volume” est augmenté. Une même stimulation déclenchera donc plus de douleurs chez quelqu’un de sensibilisé.

Ce n’est pas le seul phénomène qui intervient dans la sensibilisation centrale:
les neurones qui s’activent ensemble s’associent : si on a des douleurs et de l’anxiété pendant qu’on bouge, on finit par avoir mal quand on bouge et/ou quand on est anxieux.

En cas de douleur aiguë, les dommages tissulaires jouent souvent le plus grand rôle dans la douleur perçue.
Toutefois, la douleur n’est pas une mesure du dommage tissulaire mais du danger perçu.

 On peut déclencher une douleur par la pression et faire remarquer au patient que la douleur est là bien avant qu’on ne lui ai infligé des dommages tissulaires.
C’est une bonne preuve de sa déconnexion avec les dégâts ET de sa fonction de protection du corps.

Le besoin de protection peut venir des tissus, d’une expérience précédente ou d’un environnement menaçant. Tout ce qui intervient sur le besoin de protection module la douleur, dans un sens ou dans l’autre.

Le lien dommage-douleur est tellement ancré dans l’esprit des gens qu’il faut donner de multiples exemples concrets pour réussir à faire changer d’avis les patients à ce sujet.

Comprendre l’importance du contexte dans la douleur permets de comprendre les variations d’intensité qui pourraient sembler irrationnelles sinon (non mécanique).

La douleur est un produit, pas un influx, un sens (=pain is an output).

Tasha Stanton donne ensuite quelques exemples de changements contextuels:

Le réflexe de retrait et la douleur sont augmentés par les mauvaises odeurs et diminuée par bonnes.

Apprendre que le stress augmente la sensibilisation peut en fait être rassurant : si un mouvement peu douloureux la veille est très douloureux le jour d’un examen, ce n’est pas que la blessure s’est aggravée, mais juste qu’on est un peu plus stressé.

Quand on apprends au gens à associer une décharge électrique à un mouvement de rotation du tronc, on a rapidement un apprentissage du mouvement à éviter.
Par contre à l’arrêt de l’expérience, les patients douloureux chroniques ont beaucoup plus de mal à apprendre que le mouvement est redevenu sûr. Ils gardent le schéma d’évitement beaucoup plus longtemps que ceux qui n’avaient pas de problèmes avant l’expérience.

Nos connaissances et croyances influencent la douleur et participent à moduler les comportements de protection que l’on aura sur nos comportements.
Si deux sportifs se font une entorse au même moment, si l’un d’entre eux a eu une entorse qu’il a mal soignée précédemment et dont il a souffert plusieurs mois, cela aura immédiatement un effet sur son comportement et sa douleur sans qu’il en ait conscience: d’un point de vue neurophysiologiques, il se passe des choses très différentes chez nos deux sportifs: celui qui a eu des mauvaises expériences aura probablement plus mal et aura un plus mauvais pronostic.

Tasha Stanton raconte enfin une anecdote (qui plaît beaucoup aux patients) :
Elle participe à une étude, et subit donc une écho de son pied. Le résultat est un choc pour elle: bien que globalement asymptomatique, elle a une rupture partielle du fascia plantaire.
La semaine suivante, impossible de courir, malgré un bon échauffement et un peu de relaxation. Le seul changement dans sa vie étant l’écho, elle met ça sur le compte du versant cognitif. Impossible de courir même en serrant les dents.
Elle décide donc de refaire une écho, pour accepter la nouvelle image de son pied. Et là, PAF, un pied de déesse grecque !
Lors de la premier écho, son examen avait probablement été échangé avec celui d’un autre patient…
Comme quoi, même en étant parfaitement au fait des sciences de la douleur, une imagerie peut fausser la perception de la douleur.

Voilà, il se dit évidement plein d’autres choses, mais il faut bien choisir et il serait trop long pour moi et peu intéressant pour vous de faire une transcription complète!

 

à raconter à vos patients

connaissance académique

utile au cabinet

 

Articles en liens, proposés sur la page du podcast lui même :

Discordance between findings on scans (i.e., tissue damage) and pain
Hannan MT, Felson DT, and Pincus T. 2000. Analysis of the discordance between radiographic changes and knee pain in osteoarthritis of the knee. J Rheumatology 27:1513-1517.
Brinjikji et al American Journal of Neuroradiology 2015;36:811-16

Central sensitisation:
www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3268359/
www.noigroup.com/en/Product/EPBII

Things that fire together, wire together:
www.noigroup.com/en/Product/EPSB

Explaining the neurobiology of pain:
Moseley GL, Butler DS. Fifteen years of Explaining Pain. J Pain. 2015;16:807-13

Our sensations (including pain) are based on the believable, credible evidence that is available to us:
Expectations of pain can be important: Bingle et al. Sci Transl Med 2011;3:70ra14
Other sensory input can change pain – the stinky smell study: Bartolo et al PAIN 2013
Our sensations are influence by the meaning that we attach to information: Moseley, Arntz. PAIN 2007;133:64-71

People with chronic pain are not good at learning safety (extinguishing fear to what was painful movement):
www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27776989

A feeling of control and pain:
psycnet.apa.org/doiLanding?doi=10.1037/0033-2909.90.1.89

Associated Podcasts
Prof Moseley on the brain and mind in chronic pain – bit.ly/1u33pPY

Pain coach and first patient contact for pain management – bit.ly/2DHCaGa

Am I safe to move? Prof Moseley on understanding pain and focusing on the patient – bit.ly/2nmCAqu

Podcast Quotes
“Things that fire together, wire together”
“Things that change the ‘need to protect’ your body changes pain”

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